Agricultural Sector Could Boost DevelopmentLe secteur agricole ‘pourrait constituer le poumon du développement national’

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Agricultural sector: the boost for development?

By Nocles Debreus
Le Matin

English | French

Translated from the French by Dady Chery for Haiti Chery

Since Independence, agriculture has been the top branch of economic activity in Haiti in terms of job and wealth creation. Today agriculture is still an important part of the economy. Indeed, the share of the agricultural sector represents nearly 26% of the gross domestic product (GDP). In the opinion of agronomist Phito Blémur, one of Haiti’s main sources of employment generation and income is its agriculture. It creates 50% of the country’s employment overall and 80% in rural areas.

Nevertheless, for many years this sector has been excluded from public policy. Domestic production has been neglected in favor of imports. According to Mr. Blémur, this is due to a policy of market opening to the outside and economic liberalization. This choice has introduced domestic consumers to foreign products. Agronomist Blémur deplores the fact that the application of this policy is influencing the culture of the country. It has changed the consumption pattern of Haitians, and there is sometimes a rejection of local products.

The harvest (by Wilson Bigaud).

From this perspective, many believe that all policies toward development and poverty reduction should take into account this vital sector — especially given the roles that agriculture played immediately after independence and in the process of debt payment. According to experts, in 1804 agriculture accounted for 95% of the GDP, in 1950 it was 44% and today it is 26%.

Along the same lines, Mr. Blémur thinks that the agricultural sector offers considerable advantages in terms of job creation. He believes that this area is ideal for creating work to benefit people in a country where the majority of the population is illiterate. This will reduce dependency and, in turn, reduce poverty.

Unfortunately, deplores Blémur, a producer-oriented agricultural policy is lacking from the Haitian State. It merely wants to keep the sector outsourced which, in reality, cannot promote true development. But the State prefers to focus on outsourcing so as to bribe the people living in population-dense areas. In this regard, the expansion of that sector instead of the agricultural sector can be attributed to an old policy of power maintenance. People in population-dense areas rise up more easily than farmers against the government.

The agricultural sector and international cooperation

Many countries and international organizations are involved in collaborative relationships with Haiti, with many of these collaborations being in the area of agriculture. Examples include the Interamerican Development Bank (IDB), U.S. Agency for International Development (USAID), World Bank, International Fund for Agricultural Development (IFAD), Canadian International Development Agency (CIDA), and others.

According to Mr. Blémur, the International operates principally in the area of funding. The agricultural sector’s current budget is 7 billion gourdes [about U.S. $167 million], with only 10% of this budget coming from domestic revenues. The rest is donated by the international, with 80% returning to the donor countries as payments to their experts. With the exception of Cuba and Venezuela, which do not bargain for [tied] aid, Mr. Blémur believes that the international assistance has not been of much use.

He also thinks that financing continues to be a major weakness of the agricultural sector. Phito Blémur believes that funding for this sector should come from domestic resources. Unfortunately this is not the case. The funding system currently in place is subject to conditionality, he says. Donors provide financial assistance and in return impose certain obligations such as opening of the domestic market and the application of neoliberal policies.

Constraints

Agronomist Blémur believes that any revival of the agricultural sector will require serious fiscal and monetary policies. In this regard, an increase in import tarrifs could be a positive way to protect local products. For example, currently the tariff on the import of a commodity such as rice is only 3% in Haiti, compared to the Dominican Republic where it is 53%. Such a low tariff in Haiti offers no protection whatever to domestic production. This is why Mr. Blémur favorably views the application of quantitative restrictions to the import of some products.

Furthermore, the government’s fiscal policy is inconducive to agricultural development. Today, under the Extended Credit Mechanism (MCE) — a form of structural adjustment in the context of macroeconomic stabilization — the state is seeking to increase its revenues to cut expenses. This policy also calls for increasing international revenues. Such an approach does not promote economic growth.

Along the same lines, Mr. Blémur believes that the agricultural sector does not attract private investment due to the level of risk with which it is afflicted. Climatic hazards and lack of technology are what make this a risky sector. There is also the problem of almost nonexistent credit in this sector which, in the opinion of most, could boost national development.

 

nonohaiti2007@yahoo.fr

Source: Le Matin

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Le secteur agricole: poumon du développement?

Par Nocles Debreus
Le Matin

anglais | français

L’agriculture est, depuis l’indépendance, la première branche d’activité économique d’Haïti, en termes d’emplois et de création de richesses. Aujourd’hui encore, le secteur agricole occupe une part importante dans l’économie du pays. En effet, la part du secteur agricole représente près de 26 % du PIB. De l’avis de l’ingénieur agronome Phito Blémur, le secteur agricole constitue l’une des principales sources d’activités génératrices d’emplois et de revenus en Haïti. Il permet la création de 50 % de l’emploi global en Haïti et de 80 % en milieu rural.

Cependant, depuis bien des années, ce secteur est exclu des politiques publiques. La production nationale est délaissée au profit des importations. Cette situation est due, d’après M. Blémur, à une politique d’ouverture du marché sur l’extérieur et la libéralisation de l’économie. Ce choix a un peu exposé les consommateurs nationaux aux produits étrangers. L’agronome Blémur déplore en ce sens le fait que l’application de cette politique ait agi même sur la culture du pays. Elle a modifié le mode de consommation des Haïtiens, et on assiste quelquefois à un comportement de refus de la part de ces derniers pour les produits locaux.

La récolte (par Wilson Bigaud).

Dans cette perspective, d’aucuns croient que toutes politiques de développement et de réduction de la pauvreté devraient prendre en compte ce secteur vital. Surtout en tenant compte du rôle qu’a joué le secteur agricole au lendemain de l’indépendance et dans le processus de paiement de la dette. D’après les spécialistes, en 1804, ce secteur représentait 95% du PIB, en 1950 il est passé à 44% et aujourd’hui à 26%.

Dans la même lignée, Monsieur Blémur pense que le secteur agricole offre des avantages considérables en termes de création d’emplois. Dans un pays où la majorité de la population est analphabète, il croit que ce secteur est idéal pour créer du travail au bénéfice des gens. Ce qui permettra de diminuer la dépendance et, du même coup, réduire la pauvreté.

Malheureusement, déplore l’agronome Blémur, l’État ne dispose pas d’une politique agricole orientée vers les producteurs. Il cherche tout simplement à tenir le secteur de la sous-traitance qui, en réalité, ne peut pas favoriser un véritable développement. Mais il préfère privilégier la sous-traitance pour soudoyer les personnes vivant dans les quartiers populeux. En ce sens, l’augmentation dudit secteur en lieu et place du secteur agricole peut être attribuée à une vieille politique de conservation de pouvoir. Car les gens des quartiers populeux se soulèvent plus facilement contre le gouvernement que les paysans.

Le secteur agricole et la coopération internationale

Nombreux sont les pays et les organismes internationaux qui développent des rapports coopératifs avec Haïti. Beaucoup d’entre eux interviennent dans le secteur agricole. Citons par exemple la BID, l’USAID, BM, FIDA, ACDI et autres.

D’après M. Blémur, l’international intervient surtout dans la question de financement. Le secteur agricole dispose actuellement d’une enveloppe budgétaire de 7 milliards de gourdes. Seulement 10 % de ce montant provient des recettes nationales. Le reste est donné par l’international, dont 80 % retournent au pays donateur par le biais des experts. À l’exception de Cuba et Venezuela qui n’ont pas marchandé leur aide, M. Blémur croit que l’assistance internationale n’a pas servi à grand-chose.

Aussi pense-t-il que l’une des grandes faiblesses du secteur agricole demeure le financement. Pour Phito Blémur, le financement de ce secteur devrait être fait à partir des ressources internes. Malheureusement tel n’est pas le cas. Le système de financement qui prévaut actuellement est assorti de conditionnalité, dit-il. Les bailleurs donnent l’assistance financière et en contrepartie imposent certaines obligations telles que l’ouverture du marché national et l’application de la politique néolibérale.

Les contraintes

L’agronome Blémur croit que toute relance du secteur agricole doit nécessairement passer par la mise en place de politiques sérieuses, notamment en matière de politiques fiscale et monétaire. En ce sens, l’augmentation sur des taxes à l’importation pourrait se révéler un moyen positif pour protéger les produits locaux. Par exemple, actuellement le tarif douanier à l’importation pour une denrée comme le riz est de seulement 3 %, comparé à la République dominicaine où il est de 53 %. Un tel tarif n’a protégé nullement la production nationale. Voilà pourquoi M. Blémur voit de bon œil l’application des mesures de restriction quantitative à l’importation sur quelques produits.

Outre cela, la politique budgétaire du gouvernement ne favorise pas le développement agricole. De nos jours, dans le cadre du Mécanisme de crédit élargi (MCE), une forme d’ajustement structurel dans le cadre de la stabilisation macro-économique, l’État cherche à augmenter ses recettes pour diminuer ses dépenses. Cette politique consiste également à augmenter les recettes internationales. Une telle approche ne favorise pas la croissance économique.

Dans la même veine, M. Blémur croit que le secteur agricole n’attire pas l’investissement privé compte tenu du niveau de risques qu’il l’afflige. Les aléas climatiques et l’absence de technologie sont des éléments qui rendent ce secteur à risques. À cela s’ajoute le problème de crédit quasiment inexistant dans ce secteur qui, de l’avis de plus, pourrait constituer le poumon du développement national.

 

nonohaiti2007@yahoo.fr

Origine: Le Matin

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