La Vérité sur l’Épidémie du Choléra en Haïti: Interview du Dr. Renaud Piarroux avec Dady Chéry

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Interview du Dr. Renaud Piarroux avec Dady Chéry

Haiti Chery

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Pour moi, lutter contre les épidémies de choléra s’apparente à un combat. Mieux on connaît l’ennemi que l’on combat, plus on a de chance de le vaincre. C’est pourquoi j’attache autant d’importance à ce que la vérité ne soit pas travestie. Mais gagner un combat est aussi une question de mental, si on part perdant et qu’on pense qu’on n’y arrivera jamais, on aura très peu de chance de réussir. Le choléra se nourrit de ce défaitisme.

- Le Dr Renaud Piarroux

En Novembre 2010, les Haïtiens savaient dejà que le choléra avait été apporté chez eux par les soldats de l’ONU.


Ils ont confronté les soldats de l’ONU avec cette rébellion le 18 Novembre 2010.


En Octobre 2010, une épidémie de choléra s’est éclatée en Haïti. L’épidémie continue, et plus de 6000 Haïtiens sont morts du choléra. Avant l’automne 2010, il n’y avait jamais eu le choléra sur l’île d’Hispaniola, et un camion citerne d’un camp de l’ONU (MINUSTAH) fut découvert déversant ses eaux usées brutes dans un fossé.Ce camp futimmédiatement soupçonné d’être la source du choléra.

Le Dr Renaud Piarroux est une autorité scientifique sur les épidémies de choléra, un expert en maladies infectieuses et parasitaires. Il est pédiatre et titulaire d’un doctorat en microbiologie. Il exerce actuellement comme professeur de parasitologie à l’Université Aix-Marseille, Marseille, France. Il a été le chercheur principal d’un article scientifique qui avait mis en évidence le rôle d’un camp des militaires népalais de la MINUSTAH, dans le déclenchement de l’épidémie de choléra d’Haïti en amont du fleuve Artibonite et de son affluent Meille. (Voir la biographie du Dr Piarroux a la suite de l’entrevue.)

Dady Chery: Dr Piarroux, d’abord je veux vous remercier pour avoir accepté de nous accorder cette interview. Vos travaux sont très respectés par les scientifiques au monde entier. Voudriez-vous donner une idée à nos lecteurs, s’il vous plaît, de ce que vous faites?

Renaud Piarroux: Je suis spécialiste en maladies parasitaires et infectieuses, et j’étudie spécifiquement les épidémies qui se sont produites dans les pays en développement. J’essaie de comprendre comment une épidémie peut survenir quelque part et comment elle se propage dans les zones voisines. Ce genre de travail est une condition préalable pour mieux s’organiser la lutte contre les épidémies et pour prévenir l’apparition de nouveaux foyers. En particulier, j’ai passé plusieurs années à étudier la dynamique des épidémies de choléra dans des pays africains, en vue de fournir aux autorités sanitaires locales des informations clés pour les aider à mettre en place des stratégies efficaces pour combattre le choléra.

DC: Aujourd’hui notre sujet est l’épidémie de choléra en Haïti. Pourriez-vous nous dire, s’il vous plaît, ce que c’est que le choléra. Est-ce une bactérie ou un virus? Quels sont les symptômes de l’infection? Comment se propagent les épidémies?

Le choléra est dûe à l’infection des patients par une bactérie appelée Vibrio cholerae. L’infection se produit quand quelqu’un avale ces bactéries en buvant, mangeant, ou en mettant les mains sales dans sa bouche. Les symptômes du choléra dépendent de la quantité de bactéries que cette personne avale. Un nombre assez limité de bactéries, ne provoque qu’une diarrhée légère ou même aucun symptôme. Mais si une personne avale une grande quantité de bactéries, cela peut provoquer de graves diarrhées, des vomissements, et entraîner une déshydratation si rapide qu’elle peut conduire à la mort en quelques heures à quelques jours. La sévérité de la maladie dépend aussi de la personne. Chez ceux qui souffrent de malnutrition ou ont un état général affaibli, la quantité de bactéries nécessaires pour provoquer une maladie grave est plus basse que chez des sujet en bonne santé.

DC: En Haïti la première épidémie de choléra a débuté en Octobre 2010, et cet été nous avons vu une résurgence. Pouvez-vous dire à nos lecteurs quelque chose sur la nature socio-politique de cette épidémie? Est-elle différente politiquement des autres épidémies que vous avez étudié? Est-ce que l’épidémie actuelle pose des problèmes politiques pour les scientifiques?

RP: Je ne sais ce que vous voulez dire par nature socio-politique de cette épidémie. Évidemment, quand une épidémie mortelle se produit sur un territoire, on peut s’attendre à de nombreuses conséquences, et certaines d’entre elles concernent les autorités politiques du pays. En Haïti, en particulier, la gravité de l’épidémie et le fait que le germe a été apporté au pays par les soldats népalais de la MINUSTAH, ont conduit à de nombreux problèmes politiques. Cependant, j’avais été mandaté pour faire une enquête sur cette épidémie, y compris pour comprendre comment elle avait commencé. J’ai décidé de faire mon travail indépendamment des questions politiques.

DC: Comment des catastrophes géophysiques, comme le tremblement de terre de 2010 en Haïti, peuvent-elles contribuer à des maladies infectieuses comme le choléra?

RP: Il n’existe aucun lien entre les catastrophes géophysiques (séismes, tsunamis et éruptions volcaniques) et la survenue d’épidémies de choléra.

Je sais que les rapports des médias soulignent presque toujours un risque d’épidémies après de telles catastrophes et que de nombreux “experts” tirent la sonnette d’alarme sur les risques épidémiques à chaque fois qu’un séisme ou un tsunami dévaste une région. En 2005, nous avons analysé la littérature médicale portant sur le sujet et étudié tous les rapports de situation publiés entre 1985 et 2004 par les agences humanitaires et par l’Organisation Mondiale de la Santé. Notre objectif était d’identifier les épidémies détectées au cours des mois suivants ces catastrophes géophysiques. Pour plus de 600 catastrophes géophysiques enregistrées, nous n’avons trouvé que trois rapports qui ont fait état d’épisode épidémiques limités dans les suites de ces catastrophes et nous n’avons trouvé aucune épidémie de choléra.

L’épidémie de choléra en Haïti est ainsi la première qui s’est produite dans une zone touchée par un tremblement de terre depuis plus de 15 ans!

De plus, rappelez-vous qu’en Haïti, l’épidémie de choléra a débuté dans une zone épargnée par le séisme et a été moins sévère dans les camps de personnes sinistrées que partout ailleurs.

Par opposition aux catastrophes géophysiques, je reconnais que les catastrophes météorologiques telles queles inondations, sont parfois associées à des épidémies de choléra, mais je répète que ce n’est pas le cas après les tremblements de terre.

DC: Dr Piarroux, comment le choléra se transmet-il dans une population? Peut-il être transmis par un simple contact entre les gens? Quelles sont les différence entre la transmission d’une infection bénigne de choléra et une infection grave ou même mortelle?

RP: Les gens tombent malades quand ils ingèrent une quantité élevée de bactéries. Ceci peut être provoqué par un contact étroit avec quelqu’un souffrant du choléra, mais il est facile de se protéger par une bonne hygiène. C’est pourquoi les docteurs, infirmières, etc., tombent très rarement malades, malgré le fait qu’ils ont de nombreux contacts avec des personnes qui souffrent du choléra. En revanche, la transmission entre les malades et les membres de leur famille est fréquente.

L’autre manière de s’infecter est d’ingérer de l’eau ou des aliments contaminés. Les infections les plus sévères sont fréquememnt en rapport avec l’ingestion d’une grande quantité de bactéries dans de l’eau fortement contaminée.

DC: Les informations sur la gravité de la maladie sont importantes pour l’épidémiologie?

RP: Bien sûr. Par exemple, un grand nombre de cas graves qui se produisent simultanément doivent diriger l’enquête à une source commune de contamination, qui est généralement une ressource en eau souillée qui a été utilisée pour la boisson et d’autres activités domestiques.

En revanche, une transmission interhumaine du choléra prend beaucoup plus de temps pour atteindre un grand nombre de personnes. Dans ce cas, l’épidémie est généralement moins grave, avec des symptômes légers ou modérés chez la plupart des malades. De plusil faut plusieurs semaines pour atteindre le pic épidémique.

DC: Quelles sont les circonstances qui vous ont amené en Haïti pour faire vos recherches?

RP: J’ai été mandaté par l’ambassade de France suite à une demande du Ministère Haïtien de la Santé et de la Population. Mon mandat était apporter un soutien médical et scientifique au ministère haïtien de la Santé afin d’aider à comprendre la dynamique de l’épidémie du choléra.

DC: Quels types de problèmes ou obstacles avez-vous rencontré des gens ou des organisations lorsque vous conduisiez votre travail en Haïti? Pouvez-vous, s’il vous plaît, dire quelque chose sur le niveau de liberté que vous aviez pour travailler là-bas.

RP: Je n’ai eu aucun problème à faire mon travail en Haïti. Je pouvais aller où je voulais, sauf dans les camps de la MINUSTAH. Je n’ai pu avoir qu’un bref entretien avec certains médecins militaires de la MINUSTAH, en présence de leurs chefs.

DC: Dr Piarroux, comment avez-vous accédé aux dossiers médicaux sur les cas de choléra et qui vous a aidé dans votre mission?

RP: Sauf pour les dossiers médicaux des soldats népalais qui n’ont pas été mis à disposition, j’ai pu obtenir l’accès aux donnéesépidémiologiques sur tous les malades hospitalisés dans les établissements de santé ainsi qu’à l’ensemble des résultats des échantillons de selles envoyés au laboratoire national.

Je n’ai jamais travaillé seul. J’ai été aidé par les épidémiologistes du Ministère de la Santé pour recueillir les données provenant des établissements de santé haïtiens.

DC: Qui étaient les chercheurs haïtiens et les autorités médicales qui ont participé à l’étude épidémiologique et comment vous ont-ils aidé?

RP: Deux Haïtiens ont contribué à l’étude comme auteurs: les Drs Robert Barrais et Roc Magloire. Dr Barrais est un épidémiologiste au Laboratoire National de la Santé Publique. Dr Magloire est le directeur de cette institution. J’ai proposé à d’autres épidémiologistes et autorités médicales haïtiens de participer comme co-auteurs du document, mais bien qu’ils étaient d’accord avec l’étude, ils ont décliné mon offre. Je pense qu’ils craignaient des représailles.

DC: Quelle était l’importance de leur contribution à la réussite de vos études?

RP: Ils ont recueilli presque tous les morceaux du puzzle que j’ai reconstrui avec eux. Leur contribution a été capitale: vous ne pouvez pas faire une bonne enquête dans un pays étranger sans une collaboration étroite avec des épidémiologistes locaux.

DC: Dr Piarroux, nous savons que c’est très important pour les études comme la vôtre d’être publiées dans des revues scientifiques afin que d’autres scientifiques aient l’occasion de réfuter vos conclusions ou en tirer profit et s’appuyer sur eux. Quelle a été votre expérience en essayant de publier votre étude sur le choléra en Haïti dans ces revues? Quelle est la comparaison avec des études épidémiologiques que vous avez faites ailleurs?

Les recherches du Dr Piarroux etaient apparues comme l’article de couverture dans la revue Emerging Infectious Diseases, appartenant au CDC Américain (Centre pour Controle et Prevention des Maladies).

RP: Nous avons essayé de compléter l’étude aussi rapidement que possible, et nous avons soumis en Décembre 2010 notre première version à une revue scientifique appelée “The Lancet” [une revue bien renommée, du Royaume-Uni]. Notre étude a été rejetée sans aucune explication.

Au même moment, le Lancet Infectious Diseases publiait un éditorial intitulé «Avec le retour du choléra en Haïti, blâmer est inutile. » Même si notre étude ne visait pas à blâmer, mais à comprendre ce qui s’est réellement passé en Haïti, je crois que cela représentait un enjeu politique trop sensible pour la revue The Lancet. Il est clair qu’ils ont eu peur de publier nos conclusions. Par conséquent, nous avons perdu du temps et avons dû trouver un autre éditeur.

C’est pourquoi j’ai contacté les éditeurs de Emerging Infectious Diseases Journal, la revue du Center for Disease Control and Prevention (le CDC américain). Ils ont été extrêmement prudents avec notre manuscrit. Normalement, deux ou trois examinateurs scientifiques sont nécessaires pour évaluer un article. Dans ce cas, cinq examinateurs scientifiques ont été impliqués dans le processus de révision, demandant beaucoup de détails complémentaires et des statistiques supplémentaires. Enfin, tous les examinateurs ont estimé que nous avons correctement répondu à leurs questions, et le comité de rédaction a accepté de publier l’étude en mai 2011, juste au moment où un autre rapport de l’ONU fut publié.

DC: Mai est aussi le moment où Martelly a été installé comme nouveau président d’Haiti après des élections en partie organisées par l’ONU. Donc Dr. Piarroux, nous aurions pu avoir vos résultats dès Décembre 2010, deux mois après le début de l’épidémie. Quels sont les résultats de cette recherche? En d’autres termes, quelles sont les conclusions principales de cette étude?

RP: Notre étude épidémiologique a fournit de arguments solides confirmant l’importation du choléra en Haïti. Il existait une corrélation exacte entre le temps et le lieu entrel’arrivée d’un bataillon népalais d’une zone d’épidémie de choléra et l’apparition des premiers cas à Meille quelques jours plus tard. Le caractère isolé du village de Meille au centre du pays et l’absence de notion de passage d’autres étrangers dans cet endroit rendent très peu probable qu’une souche de choléra puisse avoir été apporté là-bas d’une autre façon.

Après notre publication, une autre étude a démontré que les souches isolées en Haïti et au Népal étaient presque complètement identiques.

Mises ensemble, les deux études constituent l’approche scientifique la plus précise qui n’ait jamais été utilisée pour étudier une épidémie. Elles démontrent sans aucun doute que le choléra a été apporté en Haïti par les soldats népalais infectés.

DC: Donc, vos résultats montrent qu’il y a eu des cas de choléra actifs sur la base de l’ONU à Mirebalais. S’il vous plaît, pouvez-vous nous en dire un peu plus à ce sujet? Comment le fonctionnement de l’Artibonite entre en jeu et pourquoi est-il important?

RP: Peut-être au début, quand les soldats ont quitté le Népal, ils étaient asymptomatiques. Le risque de transmission associé à un portage asymptomatique est bien connu, mais les gens asymptomatiques n’hébergent généralement qu’une quantité assez faible de bactéries dans leurs selles et, par définition, ne présentent pas de diarrhée. Cette faible quantitié de bactéries excrétée aurait été rapidement diluée dans le ruisseau qui coule près du camp népalais et personne n’aurait été contaminé dans le voisinage.

Il est important de mentionner que des doses élevées sont nécessaires pour provoquer des infections graves.

Nous pensons donc que les cas symptomatiques ont du avoir eu lieu à l’intérieur du camp de la MINUSTAH pour que ces niveaux élevés de bactéries s’échappent de la base de l’ONU et contaminent l’eau.

Un camion-citerne de l’ONU déversant des eaux usées brutes du camp militaire des soldats Népalais dans un affluent de la Rivière de l’Arbonite juste avant le déclenchement de l’épidémie en Octobre 2010.

C: Dans certains de mes rapports, nous avons publié des photos de camions-citernes du camp Népalais versant des eaux usées brutes directementdans la nature. Comment cela pourrait-il contaminer la rivière et causer une épidémie de cette ampleur? L’Artibonite est une grande rivière: près de 320 kilomètres (200 miles) de long avec une largeur moyenne d’environ 59 mètres (65 yards). Les bactéries ou les virus seraient dilués par un tel volume d’eau?

RP: Dans notre étude, nous avons calculé que, pour atteindre les concentrations de bactéries capables de provoquer des diarrhées chez les personnes buvant l’eau de la rivière, un mètre cube de selles diarrhéiques devraient avoir été déversé dans l’eau de l’ Artibonite ou d’un de ses affluents.

Je reconnais qu’il s’agit là d’un calcul approximatif car personne ne sait exactement quelle dose doit être ingérée pour provoquer la maladie chez un sujet sain. Des études, éthiquement très contestables, avaient été menées sur des volontaires dans les années 70. Elles montraient que les premiers symptômes apparaissaient après l’ingestion de 10.000 bactéries mélangées à une solution neutralisant la protection conférée par l’acidité gastrique. Il n’est bien sur pas question de refaire ce genre d’expérimentation pour affiner les chiffres et déterminer à partir de combien de bactéries ingérées, peuvent survenir des formes graves. Quoi qu’il en soit, en tenant compte de l’importance du débit du fleuve Artibonite, on réalise vite qu’il a fallu qu’une quantité massive de vibrions soit déversée dans l’eau pour provoquer le désastre sanitaire qui s’est déclenché à partir du 19 octobre dans le delta de l’Artibonite. La courbe épidémique montre en effet qu’en seulement quelques heures, plusieurs milliers de personnes se sont contaminées. Parmi elles plusieurs centaines sont décédées dans les quelques jours qui ont suivi.

Image comparative indiquant le montant d’un mètre cube d’eau.

Ce camion-citerne a une capacité de 20 mètres cubes d’eau.

DC: L’ONU a-t-elle aidé ou au contraire entravé votre accès aux dossiers médicaux des soldats népalaises du camp de casques bleus à Mirebalais?

RP: Nous n’avons jamais eu accès, ni aux dossiers médicaux des soldats népalais ni aux résultats des examens effectués sur les échantillons qui ont été recueillis par l’ONU. A ma connaissance, personne n’a pu obtenir cette information, sauf l’ONU.

Il aurait été très intéressant de tester les soldats (aucun d’entre eux n’a été testé) et de vérifier comment les analyses effectuées pour trouver le germe dans le camp et dans le ruisseau près du camp ont été effectuées. La recherche du germe du choléra dans l’environnement nécessite des méthodes et des compétences bien spécifiques, et je n’ai jamais été en mesure de vérifier si ces analyses ont été effectuées correctement.

DC: Quand est ce que les premières infections de choléra ont été identifiés. En quand avons-nous su, pour un fait, que des Haïtiens étaient atteints de choléra?

RP: Le 21 Octobre, au moment où un premièr échantillon obtenu d’une malade a été cultivé.

DC: Et quand est ce que les soldats Népalaises de l’ONU ont été identifiés comme la source du choléra?

RP: Certains journalistes ont pointé du doigt le camp de l’ONU près de Mirebalais vers la fin d’Octobre 2010.

A la fin de Novembre, j’ai confirmé cette hypothèse dans mon rapport [un brouillon de ce rapport a été divulgué dans le web en Décembre.].

Puis mon rapport définitif a été publié en mai 2011, et les résultats du génotypage [séquençage de l’ADN] des souches du Népal ont été publiés en août.

Cependant, vous savez que l’ONU continue à nier que le choléra a été introduit par les Casques bleus.

DC: Evidemment. En fait, il y a des rapports indiquant que l’ONU a récemment déversés ses déchets dans la rivière Guayamouc près de la ville de Hinche. Comme vous nous l’avez expliqué, des cas actifs du choléra ont survenu dans la base de l’ONU à Mirebalais. Donc l’ONU aurait bien sû la source du choléra avant nous tous. Quoi qu’il en soit Dr Piarroux, je crois comprendre que deux semaines après le déclenchement en Octobre 2010, le CDC a montré que les souches choléra provenant de trois Haïtiens étaient identiques.

RP: Le fait que les échantillons de choléra de trois malades haïtiens étaient identiques a seulement montré que ces personnes étaient infectées par la même souche. Ceci est très fréquent lors d’une épidémie. Ce n’était qu’une première étape, et non décisive, pour progresser vers la connaissance de l’origine de l’épidémie.

DC. Le CDC aurait pu trouver l’ADN du choléra du Népal à cette époque pour la comparer à l’ADN du choléra des Haïtiens? L’étude la plus récente suggère que, d’après le séquençage d’un type de choléra en provenance du Népal, l’ADN est tellement identique à celle du choléra en Haïti que si la CDC avait fait cette comparaison, ils n’auraient pas pu distinguer les échantillons des haïtiens de celles des népalais.

RP: Je ne suis pas sûr que les souches népalaise aient été disponible à cette époque. Même sans cela, la source de l’épidémie était évidente en Octobre 2010. Par exemple, regardez la carte qui illustre le premier rapport de l’OPS/OMS, publié le 22 Octobre. En regardant cette carte, vous comprendrez facilement que l’épidémie de choléra devrait avoir commencé en amont de l’Artibonite, à Mirebalais.

Une carte épidémiologique montrant la propagation très rapide de l’épidémie de choléra en Haïti. Notez bien que la date est le 22 Octobre 2010.

 Taille pleine

DC:  C’est mon impression que le choléra en Haïti s’était propagée très rapidement au début? Avez-vous trouvé la propagation initiale du choléra en Haïti semblable aux autres épidémies que vous aviez observées auparavant, ou était-ce exceptionnellement rapide?

RP: La propagationde cette épidémie a été exceptionnellement rapide.

Par exemple, le premier pic de l’épidémie au bas de l’Artibonite a été atteint le 21 Octobre, avec plus de 2000 nouveaux cas et près de 100 nouveaux décès dans la journée. On était seulement deux jours après les premiers cas admis dans les hôpitaux de cette région ! C’est la première fois que je vois cela. Même dans les camps de réfugiés à Goma, au Zaïre, en 1994, il avait fallu plus de temps pour atteindre le pic épidémique (l’épidémie a commencé à la mi Juillet et a atteint son pic après deux semaines). Partout ailleurs, il faut plusieurs semaines, voire des mois pour avoir autant de cas.

La gravité exceptionnelle du début de l’épidémie de choléra en Haïti a été due au fait que des milliers de personnes s’étaient contaminés simultanément le 19 Octobre par l’eau de boisson puisée de l’Artibonite. L’épidémie a été si grave que les gens qui ont vu mourir leurs amis et parents ont tenté de fuir vers d’autres régions et ont diffusé le germe dans de nombreuses municipalités d’Haïti.

Encore une fois, je n’ai jamais vu une propagation de l’épidémie aussi rapide que celle du choléra en Haïti au cours du mois d’Octobre 2010.

DC: Beaucoup d’entre nous avons vu la carte de John Snow de l’épidémie de choléra à Londres en 1854. Dans cette carte, l’épidémie semble plus ciblée, avec une propagation limitée à la zone immédiate autour de son épicentre. Comment était l’épidémie de choléra d’Haïti pendant ses premiers jours?

RP: La différence est qu’au lieu d’une pompe, c’est une rivière qui a servi de vecteur à l’eau contaminée, résultant en l’atteintesimultanée de dizaines de milliers de personnes. Donc un espace beaucoup plus vaste a été frappé simultanément pendant les premiers jours de l’épidémie en Haïti.

DC: Mon expérience en grandissant en Haïti est que les pauvres recueillaient leur eau potable des tuyaux, des ressorts, ou des puits, même s’ils devaient voyager assez loin pour cela. Aujourd’hui, bien sûr, beaucoup d’eau potable en bouteille est distribuée par les ONG et d’autres organisations, mais ordinairement les gens ne boivent pas l’eau du fleuve, bien qu’ils se baignent régulièrement et lavent leurs vêtements dedans. Avant l’épidémie, beaucoup de gens se plaignaient de tomber malade à cause de certaines eaux en bouteille qui étaient distribuées. Quelle est la possibilité que le choléra était transmis à la population par l’intermédiaire de l’eau du fleuve mis dans des sacs en plastique bleus appelés “dlo nen saché”?

RP: Les premiers documents disponibles montrent que la plupart des malades hospitalisés pendant les premiers jours de l’épidémie au bas de l’Artibonite avaient bu l’eau de la rivière (Centers for Disease Control and Prevention à jour:.. Épidémie de choléra-Haïti, 2010 MMWR Morb Mortal Wkly Rep 2010; 59:1473-9).

J’ai été dans les rizières près de Saint Marc et j’ai pu confirmer, en interrogeant les gens, qu’ils avaient l’habitude de boire l’eau du fleuve ou des canaux là où ils travaillaient dans les champs.

A Mirebalais, le problème était un peu différent: il y existe un réseau d’approvisionnement en eau, mais il était en réparation à cette époque, et les gens ont dû tirer leur eau du ruisseau en aval du camp népalais.

Le Dr Piarroux croit que « dlo nen saché » (l’eau vendue dans des sacs en plastique) n’a joué qu’un rôle mineur dans la propagation du choléra en Haïti. Cependant, il dit que c’est impossible de savoir où les vendeurs recueillaient cette eau potable qui est considérée «très risquée».

Les eaux en sachets (dlo nen saché) sont habituellement vendus dans les villes, mais beaucoup plus rarement dans les zones rurales. Comme il est impossible de savoir où les vendeurs se procurent l’eau, il est considéré comme très risqué de boire ce type d’eau.

Par conséquent, si certaines personnes recueillaient l’eau de la rivière pour la vendre dans des sacs, ceci pourrait avoir joué un rôle dans la propagation de l’épidémie. Cependant, durant les premiers jours de l’épidémie, le rôle principal fut joué par le ruisseau coulant près du camp népalais, puis par le fleuve Artibonite et les canaux qui irriguent la plaine côtière dans le delta de l’Artibonite.

DC: Certains prisonniers qui ont été plus ou moins isolés de la population infectée sont morts du choléra assez tôt. Quelle est la possibilité – ou la probabilité qu’ils ont été infectés par l’eau que leurs gardiens leur ont donné?

RP: D’après une enquête épidémiologique effectuée en octobre ls ont reçu de l’eau d’un ruisseau parce que le réseau d’alimentation en eau de la ville était hors d’usage à cette époque.

DC: Le 25 Octobre, le directeur du Département de la Santé d’Haïti, Gabriel Timothé, a annoncé publiquement qu’il ne faut pas faire confiance à l’eau dans des sacs de plastique “dlo nen saché”. Y a-t-il des cas précoces du choléra qui ne peuvent pas être expliqués par une proximité vis-à-vis du fleuve Artibonite, mais pourraient être expliqués par une distribution d’eau de rivière comme de l’eau purifiée?

RP: Je suis d’accord avec Gabriel Thimothé qu’il ne faut pas faire confiance à dlo nen saché. Cependant, à partir du 14 Octobre (date d’apparition des symptômes pour le première cas à Meille, près du camp népalais) jusqu’au 21 Octobre, seuls les populations vivant à proximité du fleuve Artibonite et de ses affluents ont été touchés par l’épidémie. Ensuite le choléra a été propagé à diverses communautés en raison de la fuite des populations en dehors des zones déjà touchées. Il est donc très difficile de dire quel rôle a joué cette “eau en sachet ». Mon opinion est qu’ils n’a joué qu’un rôle mineur.

DC: Si l’eau non traitée du fleuve Artibonite a été distribuée, comment pensez-vous de cette cela aurait influencé l’épidémie?

RP: Dans les zones situées loin de la rivière, il est impossible de dire si la maladie a été apportée par l’eau contaminée ou par des personnes contaminées. Je suis allé à certains de ces endroits, et j’ai interviewé de nombreuses personnes sur les premiers cas de choléra dans leurs villes et villages. Il semble que la façon la plus commune avec laquelle le choléra s’est répandu était l’arrivée de personnes malades en provenance d’une région déjà touchée. Je n’ai aucun argument spécifique pour attribuer la propagation de l’épidémie à un réseau particulier de distribution d’eau embouteillée ou en sachet.

Un paysan haïtien travaillant dans une rizière.

DC: Comme vous le savez, Dr Piarroux, l’épidémie de choléra a presqu’anéanti le peu qui restait de la production nationale du riz en Haïti. Est-il possible d’attraper le choléra en se baignant dans l’eau contaminée du fleuve ou en pataugeant dans une rizière? Que diriez-vous de manger du riz cultivé dans de l’eau contaminée?

RP: Quand vous mangez du riz, il a été séché, puis bouilli pendant la cuisson. Les bactéries ne peuvent survivre un tel traitement. Quand j’étais en Haïti, j’ai souvent mangé le riz haïtien local.Il est délicieux. Le riz chaud n’est pas le type de nourriture « à risque » pendant une épidémie.

DC: Presqu’un an après, il ya encore 1.000 cas de choléra par mois, et les Haïtiens meurent encore de cela. Pourquoi l’épidémie ne disparaisse pas?

RP: Il ya beaucoup plus que 1.000 cas de choléra par mois. Actuellement, des centaines de nouveaux cas sont enregistrés quotidiennement, ce qui correspond à plus de 10.000 cas par mois.

L’épidémie est toujours là maintenant car de nombreux cas survenus dans les zones rurales n’ont pas été suffisamment pris en compte par les organismes impliqués dans la lutte contre le choléra. Même si certaines ONG ainsi que les brigades médicales cubaines ont tenté de traquer les cas dans les communautés rurales, l’effort a été insuffisant pour limiter la propagation du choléra d’un village à l’autre. Alors, lorsque la saison des pluies est venue, il y avait encore quelques foyers actifs de choléra. L’épidémie a pu réapparaître à partir de ces foyers et se répandre de nouveau dans les principales villes haïtiennes.

Quand un incendie fait rage dans la forêt, les pompiers s’emploie à l’éteindre en totalité et veillent de très près à toute reprise du feu. Il faut en faire autant avec les épidémies de choléra, sinon, dès que les conditions redeviennent favorable, les flambées reprennent. Malheureusement, concernant le choléra en Haïti, même si l’épidémie semble se calmer, il reste des cas, et au lieu de redoubler d’efforts pour en finir une fois pour toutes, les intervenants relâchent leurs efforts et beaucoup s’en vont.

DC: Une source possible de choléra endémique sont les déchets des hôpitaux et des cliniques. Y a-t-il une raison de soupçonner que certains établissements de santé en Haïti ne traitent pas correctement leurs déchets avant de les jeter?

RP: Oui, ce risque est réel, mais actuellement je n’ai aucune information à ce sujet.

DC: Il y a une crainte que le choléra atteigne les eaux souterraines. Est ce que le germe peut survivre dans les eaux souterraines?

RP: En général, le choléra se transmet par l’eau de surface et les eaux souterraines restent protégées. Concernant Haïti, je n’ai pas de renseignements précis sur les résultats des tests effectués sur les eaux souterraines, peut-être vous pourriez interroger les ingénieurs spécialisés de compagnies d’approvisionnement en eau?

DC: Je vous remercie pour cette suggestion. Dr Piarroux, le Dr John Andrus de l’OPS à l’ONU a annoncé que l’épidémie va durer pour des années et il y aura beaucoup plus de décès. Trouvez vous que cette hypothèse est raisonnable?

RP: La durée d’une épidémie de choléra dépend essentiellement de la façon dont vous la combattez. Si vous voulez vraiment de mettre fin à l’épidémie, vous pouvez y arriver.

DC: John Andrus de l’OPS et d’autres comme les Drs. Paul Farmer et John Mekalanos du Harvard disent que les vaccins sont nécessaires d’urgence. Quelle est votre opinion à ce sujet?

RP: Le fait est qu’il n’y a pas suffisamment de vaccins dans le monde entier pour vacciner plus que cinq pour cent de la population haïtienne. Vous ne stopperez jamais une épidémie en vaccinant seulement cinq pour cent de la population. De plus des études montrent que l’assainissement des eaux usées et surtout la fourniture en eau potable consituent des moyens plus efficace de lutte contre le choléra.

DC: Autrefois les épidémies de choléra étaient communes en Europe, mais elles ont complètement disparues aujourd’hui. A votre avis, qu’est ce qui serait nécessaire pour éliminer l’épidémie d’Haïti? Si l’eau potable contaminée est la source principale du choléra, que faudrait-il pour empêcher la contamination de l’eau en Haïti? Dans l’intervalle, qu’est-ce qui devrait être fait pour protéger les Haïtiens de l’eau contaminée? Ces objectifs sont-ils réalistes?

RP: Les épidémies de choléra n’ont pas disparues toutes seules de l’Europe à la fin du dix-neuvième siècle. Elles ont ont été éliminées par l’amélioration de l’accès à l’eau potable, en particulier dans les villes principales comme Londres et Paris. La même chose est nécessaire en Haïti.

Dix millions de personnes ne peuvent pas vivre sur un territoire si étroit sans qu’une politique volontariste d’aménagement du territoire ne soit menée pour assurer un accès à l’eau traitée et une évacuation des eaux usées qui ne mettent pas en péril la santé des populations. Ces objectifs étaient réalistes en Europe au 19ième siècle, pourquoi ne le seraient-ils pas en Haïti au 21ième siècle ?

DC: Je suis consciente que ma prochaine question est à la fois scientifique et politique, et vous, bien sûr, êtes un scientifique. Mais vous avez de l’expérience dans les deux domaines. Pouvez-vous nous donner votre avis sur ce que l’ONU pourrait faire pour dédommager les Haïtiens et réparer ce qu’il a causé avec ce choléra?

RP: Compte tenu des circonstances qui ont conduit à l’épidémie de choléra et les graves conséquences pour les haïtiens et les Dominicains, l’ONU pourrait prendre la décision d’éliminer totalement le choléra de l’île et le faire aussi rapidement que possible.

Je sais que le problème est complexe, mais il ne me semble pas insoluble. Pour commencer, si l’ONU veut vraiment trouver une solution, il faut prendre l’avis de ceux qui ont passé des mois à lutter contre l’épidémie et étudié comment elle fonctionne. Pour ma part, je serais heureux de participer à une discussion internationale portant sur la façon d’éliminer le choléra d’Haïti, mais jusqu’ici, personne ne m’a proposé d’y participer.

DC: Y a-t-il autre chose que vous aimeriez partager avec le public?

RP: Pour moi, lutter contre les épidémies de choléra s’apparente à un combat. Mieux on connaît l’ennemi que l’on combat, plus on a de chance de le vaincre. C’est pourquoi j’attache autant d’importance à ce que la vérité ne soit pas travestie. Mais gagner un combat est aussi une question de mental, si on part perdant et qu’on pense qu’on n’y arrivera jamais, on aura très peu de chance de réussir. Le choléra se nourrit de ce défaitisme.

DC: Je vous remercie beaucoup Dr Piarroux pour avoir accepté cette interview et généreusement partagé avec nous votre temps, expertise, et la vérité sur cette épidémie. Nous apprécions la qualité de votre science et votre courage en tant que scientifique pour avoir mené un si grand travail dans des circonstances difficiles.

Biographie en bref de R. Piarroux

Le Professeur de Parasitologie Renaud Piarroux est spécialise en maladies infectieuses et tropicales. Il est titulaire d’un doctorat en pédiatrie et d’un autre en microbiologie, il travaille à la fois comme médecin et comme chercheur dans le domaine des épidémies et des maladies tropicales endémiques. Il dirige le Département de Parasitologie et Mycologie à l’Assistance Publique-Hôpitauxde Marseille et enseigne sur les maladies tropicales et parasitaires à l’Université Aix-Marseille.

En parallèle, il participe à la lutte contre les épidémies dans des pays en développement (Afrique sub-saharienne, les Comores, le Moyen-Orient, Amérique centrale). Il a fait de nombreuses évaluations épidémiologiques (risques épidémiologiques après les catastrophes naturelles, étude des maladies parasitaires, des épidémies de choléra et de la peste) pour l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), le ministère français des Affaires étrangères ainsi que pour plusieurs ONG. Il a participé à des missions humanitaires en Croatie (1993), au Zaïre, (camps de réfugiés à Goma, 1994), en Afghanistan (1995), au Rwanda (1996), au Honduras (ouragan Mitch, 1998), en Albanie (1999), aux Comores (9 missions 1995 à 2000, y compris la gestion d’une épidémie de choléra), en Côte-d’Ivoire (1997-2001), eten République Démocratique du Congo (Goma après l’éruption du volcan Nyiragongo, au Katanga, au Bandundu 2002-2003). Depuis 2005, il aide le ministère congolais de la santé publique à l’élaboration et à la mise en œuvre d’un programme contre le choléra en République Démocratique du Congo.

En Novembre 2010, il a été invité par le gouvernement haïtien pour investiguer l’épidémie explosive du choléra dans le pays et a montré que l’épidémie avait débuté à proximité d’un camp de casques bleus dont le système d’assainissement était déficient.

Publications principales dans le domaine des épidémies:

Understanding the cholera epidemic, Haiti. Piarroux R, Barrais R, Faucher B, Haus R, Piarroux M, Gaudart J, Magloire R, Raoult D. Emerg Infect Dis. 2011 Jul;17(7):1161-8.

The Haitian cholera epidemic: is searching for its origin only a matter of scientific curiosity? Faucher B, Piarroux R. Clin Microbiol Infect. 2011 Apr;17(4):479-80.

Cholera epidemics, war and disasters around Goma and Lake Kivu: an eight-year survey. Bompangue D, Giraudoux P, Piarroux M, Mutombo G, Shamavu R, Sudre B, Mutombo A, Mondonge V, Piarroux R. PLoS Negl Trop Dis. 2009;3(5):e436. Epub 2009 May 19.

Lakes as source of cholera outbreaks, Democratic Republic of Congo. Bompangue D, Giraudoux P, Handschumacher P, Piarroux M, Sudre B, Ekwanzala M, Kebela I, Piarroux R. Emerg Infect Dis. 2008 May;14(5):798-800.

Negligible risk for epidemics after geophysical disasters. Floret N, Viel JF, Mauny F, Hoen B, Piarroux R. Emerg Infect Dis. 2006 Apr;12(4):543-8.

Source: Haiti Chery

Copyright © Dady Chery 2011. Touts droits réservés.

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