Un poème par René Depestre: ‘La révolution sans fétiches’

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La révolution sans fétiches

Par René Depestre

Il y a ceux qui crient sur tous les toits

Vive la Révolution!

derrière ce cri se cache parfois le voeu
secret que la révolution se casse une jambe
ou le bras droit et qu’une faim perverse
la porte à dévorer ses propres poètes
ou encore qu’une soif sans foi ni loi
lui saute à la gorge et demande
à boire du sang frais innocent.

Vive la Révolution!

Ce n’est pas toujours un grand cri de justice
pour réveiller le puits tendre qui dort en nous
ça peut être le cri obscène d’un fils de pute
qui veut qu’on enferme en prison les mini-jupes,
les samedis soirs, les yeux et les arbres
trop visionnaires, les coïts qui durent
plus d’une heure, les couilles lyriques
qui ne laissent pas mettre sous clefs
leurs grandes ailes légendaires!

Vive la Révolution!

ce n’est pas toujours le vivat de l’ouvrier
qui acclame l’inventeur de son goût de vivre
ça peut être un cri de guerre
contre les hommes qui par haine des cages
des dogmes des cierges et des idées reçues
n’ont pas coupé leur barbe ni la fraicheur
de leur haute identité de la montagne
qui donne son mystère
sa force critique et jusqu’à
son dernier globule rouge
à l’audace en fleur de la révolution!

 

René Depestre est un grand poète et romancier qui provient de Jacmel, Haïti. Il publia son premier receuil, Étincelles, quand il n’avait que 19 ans. Pendant le régime Duvalieriste, il fut contraint à l’exil à Cuba, où il vécut pendant de nombreuses années et fut devenu l’un des fondateurs de la Casa de las Americas. Il habite couremment en France. Son oeuvre est traduit en plusieurs langues et a reçu de nombreux honneurs, y compris le Prix Renaudot 1988 pour son roman Hadriana dans tous mes rêves, le Prix Guillevic 2006 pour ses œuvres poétiques, et le Grand Prix de Literature 2016 de la Société des Gens de Lettres (SGDL) pour la totalité de ses œuvres. Depestre vient de publier un roman en 2016: Popa Singer (Editions Zulma). Le poème ci-dessus provient du receuil En Etat de Poésie (Les Editeurs Réunis Francais, Paris, 1980).

 

Lisez aussi:
Trois poèmes de René Depestre

La révolution sans fétiches

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Il y a ceux qui crient sur tous les toits

Vive la Révolution!

derrière ce cri se cache parfois le voeu
secret que la révolution se casse une jambe
ou le bras droit et qu’une faim perverse
la porte à dévorer ses propres poètes
ou encore qu’une soif sans foi ni loi
lui saute à la gorge et demande
à boire du sang frais innocent.

Vive la Révolution!

Ce n’est pas toujours un grand cri de justice
pour réveiller le puits tendre qui dort en nous
ça peut être le cri obscène d’un fils de pute
qui veut qu’on enferme en prison les mini-jupes,
les samedis soirs, les yeux et les arbres
trop visionnaires, les coïts qui durent
plus d’une heure, les couilles lyriques
qui ne laissent pas mettre sous clefs
leurs grandes ailes légendaires!

Vive la Révolution!

ce n’est pas toujours le vivat de l’ouvrier
qui acclame l’inventeur de son goût de vivre
ça peut être un cri de guerre
contre les hommes qui par haine des cages
des dogmes des cierges et des idées reçues
n’ont pas coupé leur barbe ni la fraicheur
de leur haute identité de la montagne
qui donne son mystère
sa force critique et jusqu’à
son dernier globule rouge
à l’audace en fleur de la révolution!

 

René Depestre est un grand poète et romancier qui provient de Jacmel, Haïti. Il publia son premier receuil, Étincelles, quand il n’avait que 19 ans. Pendant le régime Duvalieriste, il fut contraint à l’exil à Cuba, où il vécut pendant de nombreuses années et fut devenu l’un des fondateurs de la Casa de las Americas. Il habite couremment en France. Son oeuvre est traduit en plusieurs langues et a reçu de nombreux honneurs, y compris le Prix Renaudot 1988 pour son roman Hadriana dans tous mes rêves, le Prix Guillevic 2006 pour ses œuvres poétiques, et le Grand Prix de Literature 2016 de la Société des Gens de Lettres (SGDL) pour la totalité de ses œuvres. Depestre vient de publier un roman en 2016: Popa Singer (Editions Zulma). Le poème ci-dessus provient du receuil En Etat de Poésie (Les Editeurs Réunis Francais, Paris, 1980).

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